En bref
- La matrice BCG place chaque produit sur deux axes : la croissance de son marché, et sa part de marché relative, c'est-à-dire sa part divisée par celle du premier concurrent.
- Quatre cases en sortent : vedettes, vaches à lait, dilemmes et poids morts. Chacune appelle une décision d'investissement différente.
- La part de marché relative se lit sur une échelle logarithmique, avec un seuil à 1 : au-dessus, on est leader de son marché.
- L'outil a trente ans de critiques derrière lui : il dépend entièrement de la façon dont on délimite le marché, et il ignore la rentabilité réelle de chaque produit.
La matrice BCG place chaque produit d’une entreprise sur deux axes : la croissance de son marché et sa part de marché relative. Le croisement donne quatre cases — vedettes, vaches à lait, dilemmes, poids morts — et chacune appelle une décision d’investissement. La méthode tient en deux calculs, mais le résultat dépend presque entièrement de la façon dont on les fait. Voici le calcul exact des axes, un portefeuille de cinq produits chiffré de bout en bout, et les limites qu’il faut connaître avant de s’en servir.
D’où vient la matrice BCG
Elle a été conçue au Boston Consulting Group, le cabinet fondé par Bruce Henderson, qui l’a présentée en 1970 dans une courte publication intitulée The Product Portfolio. On la connaît aussi sous le nom de matrice croissance-part de marché.
Elle repose sur une idée issue des travaux du cabinet sur la courbe d’expérience : plus une entreprise produit, plus ses coûts unitaires baissent. Le leader d’un marché devrait donc avoir les coûts les plus bas et dégager le plus de trésorerie. À l’inverse, un marché en forte croissance demande beaucoup d’investissements pour suivre.
La matrice croise ces deux forces. La part de marché dit si un produit génère de la trésorerie ; la croissance du marché dit s’il en consomme.
Les deux axes et leur calcul exact
L’axe horizontal : la part de marché relative
La part de marché relative compare votre produit à son principal concurrent, pas au marché entier.
Part de marché relative = votre part de marché ÷ part du premier concurrent
Si vous êtes vous-même leader, on divise par la part du deuxième. Le seuil se place à 1 : au-dessus, vous êtes en tête de votre marché ; en dessous, quelqu’un vous devance.
| Votre part | Part du premier concurrent | Part relative | Lecture |
|---|---|---|---|
| 18 % | 12 % (vous êtes leader, on prend le deuxième) | 1,5 | Leader, avec une avance de 50 % |
| 6 % | 8 % | 0,75 | Deuxième, proche du leader |
| 4 % | 16 % | 0,25 | Loin derrière |
| 2 % | 20 % | 0,1 | Marginal |
Cet axe se trace traditionnellement sur une échelle logarithmique, qui va par exemple de 0,1 à 10, avec les valeurs fortes à gauche. C’est contre-intuitif, mais c’est la convention d’origine : le leader est à gauche.
L’axe vertical : la croissance du marché
C’est le taux de croissance annuel du marché, pas celui de votre produit. Un produit peut croître de 20 % sur un marché qui stagne : c’est qu’il prend des parts à ses concurrents.
Le seuil qui sépare les marchés « en croissance » des marchés « mûrs » est une décision. La version d’origine utilisait souvent 10 %. Aujourd’hui, on retient plutôt la croissance moyenne du secteur, parce qu’un seuil à 10 % dans un marché alimentaire classerait presque tout en poids morts.
Les quatre cases et ce qu’elles demandent
| Part relative forte (> 1) | Part relative faible (< 1) | |
|---|---|---|
| Croissance forte | Vedette — investir pour tenir la position | Dilemme — investir massivement ou abandonner |
| Croissance faible | Vache à lait — rentabiliser, investir le minimum | Poids mort — maintenir sans investir, ou céder |
- Les vaches à lait sont leaders d’un marché mûr. Elles dégagent plus de trésorerie qu’elles n’en consomment, et financent le reste du portefeuille.
- Les vedettes sont leaders d’un marché qui croît. Elles génèrent beaucoup, mais consomment autant pour suivre la croissance. Quand le marché ralentit, elles deviennent des vaches à lait.
- Les dilemmes, ou points d’interrogation, sont sur un marché porteur sans y être leaders. Ils consomment de la trésorerie sans en rapporter : il faut choisir entre investir pour prendre la tête et se retirer.
- Les poids morts sont en position faible sur un marché qui stagne. Ils ne rapportent ni ne coûtent beaucoup, mais immobilisent des moyens.
Exemple chiffré : le portefeuille d’une biscuiterie
Prenons une biscuiterie régionale fictive, qui réalise 8,6 millions d’euros de chiffre d’affaires avec cinq gammes. Le seuil de croissance retenu est de 5 %, proche de la moyenne de ses marchés.
| Gamme | Chiffre d’affaires | Part de marché | Premier concurrent | Part relative | Croissance du marché |
|---|---|---|---|---|---|
| Galettes pur beurre | 4,2 M€ | 18 % | 12 % (deuxième) | 1,5 | 2 % |
| Biscuits bio sans sucres ajoutés | 1,8 M€ | 9 % | 6 % (deuxième) | 1,5 | 14 % |
| Barres de céréales protéinées | 0,6 M€ | 2 % | 20 % | 0,1 | 18 % |
| Coffrets cadeaux | 1,1 M€ | 6 % | 8 % | 0,75 | 3 % |
| Gaufrettes | 0,9 M€ | 4 % | 16 % | 0,25 | −1 % |
Le placement donne une image nette :
- Galettes pur beurre, vache à lait. Leader d’un marché qui croît de 2 %, elle fait 49 % du chiffre d’affaires. C’est elle qui finance l’entreprise.
- Biscuits bio, vedette. Leader d’un marché à 14 %. Elle doit suivre la croissance du marché pour rester en tête, et consomme donc une bonne part de ce qu’elle rapporte.
- Barres protéinées, dilemme. Marché très porteur, mais la biscuiterie n’y pèse que le dixième du leader. Rattraper un concurrent dix fois plus gros coûterait très cher.
- Coffrets cadeaux, poids mort à la frontière. Marché lent, mais part relative de 0,75 : la biscuiterie est proche du leader. C’est le cas typique où la matrice seule ne suffit pas à décider.
- Gaufrettes, poids mort. Marché en recul, position faible. C’est la gamme à réexaminer en premier.
Les décisions qui en découlent
- Protéger les galettes : investir juste ce qu’il faut pour garder la première place, sans chercher à croître sur un marché qui ne croît pas.
- Financer les biscuits bio avec la trésorerie des galettes, pour tenir la position de leader pendant que le marché grandit. C’est la future vache à lait.
- Trancher sur les barres protéinées : soit un investissement massif et daté pour rattraper le leader, soit un retrait. Rester entre les deux est la pire option.
- Examiner les coffrets avec un autre outil : leur rentabilité réelle, leur rôle dans l’image de marque, leur saisonnalité.
- Réduire ou céder les gaufrettes, sauf si elles partagent une ligne de production dont l’arrêt coûterait plus cher que leur maintien.
L’équilibre visé est simple : les vaches à lait financent les vedettes et quelques dilemmes choisis. Un portefeuille sans vache à lait manque de trésorerie ; un portefeuille sans vedette ni dilemme n’a pas d’avenir.
Construire sa matrice, étape par étape
- Délimiter chaque marché. C’est l’étape qui décide de tout. « Les biscuits » ou « les biscuits bio sans sucres ajoutés » ne donnent pas du tout la même part de marché.
- Relever sa part de marché et celle du premier concurrent sur ce marché, avec des sources datées : panels, études sectorielles, fédérations professionnelles.
- Calculer la part relative de chaque produit.
- Relever la croissance annuelle du marché, idéalement en moyenne sur deux ou trois ans pour lisser les accidents.
- Fixer le seuil de croissance avant de placer les produits.
- Placer chaque produit par un cercle dont la surface est proportionnelle à son chiffre d’affaires.
- Écrire une décision par produit, pas seulement une case.
Pour la délimitation du marché et sa croissance, une analyse PESTEL du secteur est un bon point de départ : elle dit quelles forces font grandir ou reculer le marché.
Les limites de la matrice BCG
La matrice BCG a été beaucoup critiquée, et ces critiques sont à connaître avant de présenter une matrice en comité.
Le résultat dépend de la délimitation du marché. Sur un marché étroit, presque tout le monde est leader ; sur un marché large, presque personne. En choisissant bien sa définition, on peut placer un produit dans la case qu’on veut.
Deux variables seulement. La matrice ignore la rentabilité réelle, les marges, les barrières à l’entrée, les synergies entre produits. Un poids mort peut être très rentable ; une vedette peut perdre de l’argent.
La part de marché ne garantit pas la rentabilité. L’hypothèse de la courbe d’expérience se vérifie dans l’industrie de volume, beaucoup moins dans les services ou les marchés de niche, où un petit acteur spécialisé peut être plus rentable que le leader.
Elle ne dit pas comment croître. Elle décrit le portefeuille existant, sans proposer de voie de développement. C’est le rôle de la matrice Ansoff, qui la complète naturellement.
Pour dépasser ces limites, d’autres matrices de portefeuille ont été proposées, dont la plus connue est la matrice McKinsey-General Electric, à neuf cases, qui remplace les deux variables par deux scores composites : l’attrait du marché et la force de l’entreprise.
Les erreurs classiques
Utiliser la part de marché absolue. 15 % de part de marché, c’est une position de leader sur un marché éclaté, et une position de suiveur face à un concurrent à 40 %. Seule la part relative permet de comparer.
Prendre la croissance du produit pour celle du marché. C’est l’erreur la plus fréquente, et elle place en vedette des produits qui ne font que prendre des parts sur un marché qui stagne.
Appliquer le seuil de 10 % par réflexe. Il vient d’une époque et d’industries précises. Le seuil doit refléter le marché étudié.
S’arrêter au placement. Une matrice BCG qui se termine par un joli schéma et pas par une décision par produit n’a servi à rien.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la matrice BCG ?
C'est un outil d'analyse de portefeuille créé par le Boston Consulting Group vers la fin des années 1960. Il classe les produits ou les activités d'une entreprise selon deux critères, la croissance de leur marché et leur part de marché relative, pour décider où investir et où désinvestir.
Comment calcule-t-on la part de marché relative ?
On divise la part de marché du produit par celle de son principal concurrent. Si vous détenez 9 % du marché et que le premier concurrent en détient 18 %, votre part relative est de 0,5. Si vous êtes vous-même leader, on divise par la part du deuxième : une part relative supérieure à 1 signifie que vous êtes en tête.
Quel seuil de croissance utiliser ?
La version d'origine utilisait souvent 10 % par an. Dans la pratique, on retient plutôt la croissance moyenne du secteur ou de l'économie, parce qu'un seuil de 10 % classerait presque tous les produits d'un marché mûr en poids morts. L'essentiel est de fixer le seuil avant de placer les produits et de s'y tenir.
Que représente la taille des cercles ?
Dans une matrice BCG, chaque produit est un cercle dont la surface est proportionnelle à son chiffre d'affaires. C'est ce qui permet de voir d'un coup d'œil qu'une vache à lait pèse souvent la moitié de l'activité, et qu'un dilemme n'en représente qu'une fraction.
Quelle différence entre la matrice BCG et la matrice Ansoff ?
La matrice BCG analyse le portefeuille existant : où en sont les produits qu'on vend déjà. La matrice Ansoff regarde vers l'avant : quelle voie choisir pour croître, avec quels produits et sur quels marchés. On utilise souvent la première pour décider, puis la seconde pour choisir comment se développer.
Sources et méthode
- Bruce D. Henderson, The Product Portfolio, publication du Boston Consulting Group, 1970
- Exemple construit par la rédaction : entreprise et chiffres fictifs, à titre d'illustration